Si vous écoutez ce podcast aujourd’hui, c’est grâce au livre Devenir de Michelle Obama.
Cet été, j’ai lu la biographie de Michelle Obama. Dès le début de la lecture de son livre, tout ce qu’elle évoquait me semblait étrangement familier. J’avais l’impression de bien la connaitre, de bien la comprendre. Mais, j’étais incapable de mettre le doigt sur ce qui me paraissait aussi naturel… et puis, arrivé au chapitre où elle vient de devenir Première Dame, j’ai lu cette phrase:
“J’avais parfois l’impression d’être comme un cygne glissant sur un lac, sachant que ma fonction m’imposait d’évoluer sans cesse gracieusement et de paraître sereine, tout en pédalant sans cesse sous l’eau »
C’est à ce moment là que « ça a fait tilt ». En effet, Michelle Obama m’était toujours apparue comme une personne vraiment sûre d’elle, toujours à l’aise partout où elle se trouvait. En réalité, elle se pose sans cesse cette question : suis-je à la hauteur? De son enfance, en passant par ses études et son rôle de Première Dame des États-Unis, ce doute l’a en permanence accompagnée. On aurait pu penser que ce sentiment se serait estompé au fil des années. Hé bien non, plus elle avait de responsabilités, plus elle se posait la question. Si je me suis senti si proche d’elle, c’est parce que, moi aussi, je me retrouvais dans la manière dont elle parlait de ses doutes.
Néanmoins, ces interrogations permanentes ne semblent pas la paralyser, ni la freiner. Au contraire, elles sont souvent à la base de sa capacité et de son courage à oser de nouvelles aventures…
Prenons un exemple : devenue avocate après de brillantes études, Michelle Obama aurait pu rester dans son cabinet une grande partie, voire toute sa vie professionnelle. Mais, elle s’interroge rapidement sur son avenir.
“Je réfléchissais à ce que je pourrais faire, je passais en revue mes compétences. Est-ce que je voulais être enseignante ? Me faire embaucher dans une administration universitaire ? Mettre en place une sorte de programme post-scolaire, une variante professionnalisée de ce que j’avais fait pour Czerny à Princeton ? L’idée de travailler pour une fondation ou une association me tentait, comme celle d’aider des enfants défavorisés. Je me demandais comment trouver un emploi qui me satisferait intellectuellement tout en me laissant le temps de faire du bénévolat, de m’intéresser à l’art, ou d’avoir des enfants. Ce que je voulais, dans le fond, c’était une vie. Je voulais être en adéquation avec moi-même. J’ai dressé la liste des sujets qui m’intéressaient : l’éducation, les grossesses précoces, l’estime de soi des Noirs. Un travail plus vertueux entraînerait inévitablement, j’en étais consciente, une perte de revenus. J’ai dressé une autre liste, moins attrayante : celle de mes dépenses incontournables – celles que j’aurais encore à assumer après avoir renoncé aux luxes que me permettait mon salaire chez Sidley : […]
Rien n’était impossible, mais rien ne paraissait simple. »
A ces nombreuses interrogations peut parfois s’ajouter une autre crainte. Cette crainte, c’est le regard des autres, qui pourraient juger nos choix ou nos décisions. Quelques paragraphes plus loin, Michelle Obama parle de ses doutes à sa mère:
“Tandis que nous filions vers le centre, j’ai poussé un gros soupir.
« Ça va ? » m’a demandé ma mère.
Je l’ai regardée dans le demi-jour de l’autoroute. « Je ne sais pas, ai-je commencé. C’est juste que… »
Et j’ai tout déballé. Je lui ai dit que je n’étais pas heureuse dans mon travail, ni même dans le métier que j’avais choisi – que j’étais même franchement malheureuse. Je lui ai parlé de mon impatience, de ma terrible envie de changer de vie, mais aussi de mon inquiétude à l’idée de ne pas gagner assez d’argent si je sautais le pas. J’étais à fleur de peau. J’ai poussé un nouveau soupir. « En fait, je ne suis pas épanouie », ai-je conclu.
Je me rends compte aujourd’hui de l’effet que cette confession a dû faire à ma mère. Elle exerçait alors pour la neuvième année consécutive un boulot qu’elle avait pris essentiellement pour pouvoir contribuer à financer mes études supérieures après avoir passé des années à ne pas exercer d’emploi pour avoir le temps de me coudre mes vêtements pour l’école, de préparer mes repas, de laver le linge de mon père qui, pour faire vivre notre famille, passait huit heures par jour à surveiller les jauges d’une chaudière. Ma mère, qui venait de faire une heure de voiture pour venir me chercher à l’aéroport, qui me permettait d’occuper gratuitement le premier étage de sa maison et devrait se lever à l’aube le lendemain pour aider mon père à se préparer pour aller travailler, n’était certainement pas disposée à prêter une oreille compatissante à mes angoisses existentielles.
Mon désir d’épanouissement devait lui apparaître comme un souci de riche. Je doute que mes parents, pendant leurs trente années de vie conjugale, aient abordé ce sujet ne fût-ce qu’une fois.”
Finalement, Michelle Obama sautera bien le pas, elle quittera son cabinet d’avocat pour travailler dans une association, puis à la mairie et à l’université de Chicago avant de devenir Première Dame…
Si ce livre est à l’origine de ce podcast, c’est qu’il m’a donné envie de comprendre comment nous surmontons nos doutes pour avoir le courage d’oser et de persévérer même dans les moments difficiles.