Il y a quelques mois, j’ai assisté à une conférence d’Erik Prairat, un chercheur et professeur en science de l’éducation. Son thème de prédilection est l’éthique des enseignants. Dis comme ça, cela semble un concept abstrait, complexe ayant peu d’intérêt en dehors du monde de l’enseignement. Et pourtant, dès que j’ai assisté à cette conférence, je me suis dit que de nombreux éléments étaient tout à fait transposables au monde de l’entreprise.
Pour commencer, Erik Prairat distingue confiance en moi et estime de soi. Beaucoup plus attaché au concept d’estime de soi, il nous en livre deux aspects:
- D’un côté, l’estime de soi est une affirmation de soi, de sa capacité à agir. C’est à dire que c’est en faisant, en agissant, que l’on apprend à s’estimer. On s’estime parce qu’on est l’auteur de nos actes.
- D’un autre côté, l’estime de soi est également une reconnaissance de l’autre, puisque ce que l’on estime en nous, c’est notre propre humanité.
Mais cette estime de soi procède d’une longue conquête avec de nombreuses interrogations : est-ce que je suis capable de faire cela ? Est-ce que je vais y arriver ? Alors, comment faire pour surmonter ces questionnements ? Pour croire que l’on est capable de faire quelque chose, il est nécessaire que quelqu’un ait cru en nous auparavant.
C’est là où l’enseignant entre en jeu car le lieu principal de la conquête de soi, c’est l’école.
Oui, car à la maison, les enfants sont aimés parce qu’ils sont. Le simple fait d’être est déjà merveilleux en soi. A l’école, le simple fait d’être ne suffit plus, ce sont les actions de l’enfant qui vont être déterminantes! Et rappelons que ce sont ces actions qui déterminent notre estime de soi.
Alors, comment le professeur peut-il agir sur cette estime de soi ?
Erik Prairat va proposer 3 vertus pour guider les enseignants. La première vertu, c’est celle de la justice.
La justice peut être abordé sous deux angles :
- D’une part, sous l’angle légal : l’enfant a des droits et tous les enfants doivent être traités de la même manière.
- D’autre part, il faut garder en tête que l’enfant est un sujet apprenant. Ainsi chaque élève apparait différent avec ses propres désirs et motivations et le professeur doit ainsi être juste en offrant des moyens, des supports, des outils différents selon les élèves.
La deuxième vertu, c’est celle de la bienveillance. Pour Erik Prairat, être bienveillant, c’est prendre soin, c’est comprendre que l’autre, tout comme nous, est fragile et vulnérable. La bienveillance, c’est offrir une sorte de réconfort à travers un regard, un sourire, un mot.
La troisième vertu est peut-être la plus surprenante, ou la plus inattendu… Il s’agit du tact.
Le tact n’est pas un respect de normes ou de règles comme l’est la civilité. Non, le tact est une improvisation qui est à la fois sens de l’adresse et sens de l’a-propos.
Le sens de l’adresse, c’est que lorsque je parle à Martin, je ne parle pas à Léa.C’est aussi un sens de l’à-propos, c’est s’interroger sur ce que l’on va dire ou taire, sur la manière de dire ce que l’on va dire, du moment, du lieu où on le dit.
Justice, bienveillance, tact, voici donc les 3 vertus essentiels que proposent Erik Prairat. Vaste programme…
Mais, Erik Prairat, n’oublie pas de rappeler, qu’à chaque fois qu’un enseignant se présente en classe, ce n’est pas une prise de pouvoir, mais une prise de risque. Il se présente tel qu’il est. Et il se doit d’être exemplaire… exemplaire, oui, mais avec également tous ses défauts. L’exemplarité de l’enseignant ne tient pas dans une impossible perfection mais dans une constance, une fidélité à quelques principes forts.
Dans cette épisode, j’ai essayé de retranscrire au mieux le message d’Erik Prairat et j’espère y avoir été fidèle. Si cette épisode vous a intéressé, je vous invite à regarder sa conférence sur le sujet (cf ci-dessous). J’ai volontairement conservé dans la synthèse que je vous ai proposée une vision centrée sur le professeur et l’enseignement, mais je pense que les leçons sont nombreuses dans ce que je viens d’être évoqué pour le monde de l’entreprise, que ce soit sur la notion d’estime de soi, sur les vertus qu’il évoque ou sur la fidélité à des principes.
